6.3.13

Dis-moi dix mots : " Dis-moi dix mots semés au loin "

L’opération « Dis-moi dix mots », organisée par le ministère de la Culture et la Communication (DGLFLF), invite chacun à jouer et à s’exprimer autour de dix mots choisis par les différents partenaires francophones.

Elle met à l’honneur cette année « dix mots semés au loin », parmi ceux que les langues étrangères ont empruntés au français et souvent enrichis.

Voilà les mots retenus pour la Semaine de la lange française ( 2012 / 2013 )



Regardez le film complet de la série " Dix mots sémés au loin "
 
http://www.cndp.fr/index.php?id=4456

Transcription

- Atélier



Le mot atelier évoque deux idées principales : le travail, le collectif. D’abord, le travail dans ce qu’il a de plus concret : dans un atelier, on fabrique, on transpire d’ailleurs, parce que l’activité évoquée est manuelle. Atelier est un vieux mot français qui est lié à l’artisanat et qui désigne tous les endroits où l’on travaille ensemble. Et lorsqu’arrivent les grandes manufactures, puis l’ère industrielle au XIXe siècle, le mot est toujours là. Encore aujourd’hui, on a des ateliers d’usine, atelier carrosserie, mécanique, peinture par exemple, si l’on pense à une usine automobile. Ce mot atelier a mené une double carrière, il est aussi lié aux beaux-arts. Les peintres, les sculpteurs ont leur atelier. Donc, changement de climat : ce peut être un lieu retiré où l’artiste est face à son art. Mais l’endroit peut aussi être tout à fait peuplé : pendant la Renaissance, surtout en Italie, de nombreux peintres célèbres avaient des élèves. Sous la direction du maître, ils participaient à la création du même chef-d’œuvre et on peut même parler d’une toile qui sort de l’atelier de Jacopo Bellini par exemple, même si elle n’est pas signée par cet artiste. Et c’est avec ce sens que d’autres langues nous ont emprunté le mot, notamment l’allemand. Le mot atelier enfin évoque aujourd’hui un travail, une réflexion de groupe, le plus souvent sous la direction d’une personne d’expérience. Et ainsi on parle des ateliers d’écriture où l’on s’entraîne à manier la langue et à raconter.

- Bouquet



Le bouquet, est-ce que c’est un mot qui s’amenuise à mesure qu’on l’emploie ? Qui réduit comme une sauce, qui se raffine comme un parfum, qui devient plus subtil à chaque transformation ? Peut-être, mais on va voir d’abord d’où il vient : eh bien de la forêt ! Le bouquet, il naît dans les bois et ces deux mots, bois et bouquet, sont de la même famille. Un bouquet, c’est d’abord un groupe d’arbres serrés. Et on parle encore d’un bosquet, un mot qui est cousin et qui a gardé à peu près ce sens. Mais bien vite, le bouquet s’est réduit : ce ne sont plus des arbres qui sont réunis, mais des fleurs. Et cette réduction s’accompagne de quelques changements importants : les fleurs sont coupées, non en pleine terre, elles sont retenues ensemble par un lien et on voit que cette réunion n’est pas le fruit du hasard : elles ont été rassemblées délibérément, choisies d’abord et puis arrangées de telle sorte que le bouquet soit joli. Les couleurs, les formes sont distribuées pour plaire : c’est le souci esthétique qui domine. Et c’est bien normal puisqu’un bouquet, la plupart du temps, c’est un cadeau : c’est pour offrir, comme on dit. Il faut donc que ça charme, par l’aspect et par l’odeur. La dernière qualité du bouquet, c’est d’embaumer, et c’est bien ça qui a su séduire les Français d’abord, puis quelques autres : avec cette signification, le mot a finalement sauté nos frontières pour s’établir dans des langues voisines, en évoquant un arôme, un parfum qui entête et qui enivre.

- Cachet



Cachet, voilà un mot qui s’est toujours souvenu du sens d’origine du verbe dont il dérive, serrer, presser, comprimer, ce qui fait comprendre son premier emploi : c’était un sceau, un objet gravé qu’on appuie fortement sur une pastille de cire pour qu’elle en garde l’empreinte et qu’elle en montre le dessin. Alors bien sûr, tout le monde n’avait pas le droit à une signature aussi prestigieuse, c’était d’abord un privilège royal. Une « lettre de cachet », c’est donc d’abord une lettre du souverain, dont l’autorité ne pouvait être contestée et pas toujours pour le bon motif : les lettres de cachet, c’étaient celles qui vous envoyaient à la Bastille, sans procès, sans qu’on sache jamais si on en sortirait. Ces lettres sinistres nous rappellent que le cachet certifie une identité : il fait foi. Et cela fait écho à une autre formule : « le cachet de la poste faisant foi ». Et dans ce cas, le cachet, c’est l’oblitération, c’est le tampon qui indique une date et qui prouve qu’on a posté un pli tel ou tel jour. C’était aussi le tampon qu’un professeur apposait sur une carte, pour compter les leçons particulières qui lui étaient réglées. Et à partir de là, on a appelé cachet le salaire qu’on donne pour un service particulier et l’emploi s’est spécialisé pour désigner le paiement d’un artiste. Mais ce sens d’une identité particulière est resté très vivace, et d’ailleurs très positive, avec un mot qui évoque une originalité, un charme qui n’appartient qu’à un objet : une maison, un paysage ont « du cachet » quand on les reconnaît tout de suite, qu’ils ont un attrait particulier. Et c’est cet effet de sens que nous ont emprunté les langues qui utilisent, chacune avec leur accent, ce mot de cachet.

- Coup de foudtre




Coup de foudre, une expression qui appartient au langage de l’amour, et on en devine tout de suite le sens, même si on ne la connaît pas : c’est si parlant, le coup de foudre ! C’est l’amour immédiat qui vous transperce, vous fait défaillir à la première apparition de celui ou de celle qu’on aime sans retenue ! « L’amour au premier regard », dit-on dans d’autres langues, mais cette formule est plus fade, parce qu’avec le coup de foudre, on voit la soudaineté et la violence qui fige sur place. Le coup de foudre donc, c’est l’amour absolu et sans délai, et plus souvent, c’est réciproque, d’ailleurs : c’est, par exemple, la rencontre de Roméo et Juliette au bal – mais on en a plus d’un exemple dans la littérature. Et l’image est si séduisante qu’elle finit par s’appliquer à d’autres situations : une maison qu’on veut s’acheter par exemple, ou cette jolie paire de chaussures dans la vitrine. Cette image fulgurante pour tout ce qui séduit immédiatement et fortement a plu à bien d’autres langues étrangères que le français, qui nous l’ont empruntée. Alors, même si le coup de foudre semble venir du ciel, on ne dit pas « un coup de foudre m’est tombé dessus », mais « j’ai eu le coup de foudre », comme s’il naissait à l’intérieur de soi ! L’expression ne s’emploie jamais au sens propre : si la foudre – la vraie – tombe sur une maison ou si elle foudroie le promeneur imprudent qui court sous l’orage, c’est un accident terrible, mais ce n’est pas un coup de foudre.

-Équipe



L’Équipe, c’est le titre du plus important quotidien français consacré au sport, une belle allusion qui rend hommage en premier lieu au caractère collectif de ces activités : avant de gagner, l’important, c’est d’être ensemble. Ce mot, équipe, a connu un succès éclatant dans le vocabulaire sportif depuis 1890, pour désigner un groupe de joueurs qui va gagner ou perdre ensemble. Bien entendu, le terme existait avant, réservé à l’origine à un ensemble de bateaux qui naviguaient ensemble (il est de la même famille que ship, qui est un vieux mot anglo-saxon pour désigner un bateau). Il va s’insérer dans le monde du travail et renvoyer à cette idée de plusieurs personnes qui s’attellent à la même tâche, sans préciser les spécialités, sans faire remarquer en fait qui commande et qui obéit : c’est ça, « l’esprit d’équipe », c’est ne pas se mettre en avant et privilégier l’intérêt de tous. Toutes les situations d’ailleurs peuvent s’accommoder de ce terme, et on parlera aussi bien d’une « équipe de nuit », à l’usine, que d’une « équipe gouvernementale », nommée par le Premier ministre. Certains contextes préfèrent un mot plus précis : on parle d’équipage, par exemple, à propos du personnel qui est responsable d’un moyen de transport, dans un bateau, dans un avion. Et bien sûr, l’idée de solidarité ou d’amitié a fait son chemin et c’est avec ce sens-là que le mot s’est exporté à l’étranger, en particulier en portugais, où il fait référence au fait d’agir ensemble et de collaborer.

- Protéger



Protéger, c’est un mot qui évoque à la fois la bienveillance et la puissance. En effet, pour « protéger quelqu’un ou quelque chose », d’abord il faut en avoir le pouvoir, celui de s’interposer devant le danger : on fait rempart de sa force, ou de sa simple persuasion. Et la plupart du temps, on s’y prend à l’avance, on empêche que quelque chose n’arrive, mais parfois l’agression a déjà eu lieu, on se précipite pour défendre, pour porter secours, on est encore en train de protéger quelqu’un. Et cette idée, elle est parfois abstraite : ce qu’on appelle « la protection sociale », c’est un dispositif d’indemnisation qui permet de vous mettre à l’abri de la maladie ou du chômage. Et puis protéger, c’est aussi faire en sorte que quelque chose puisse se développer en paix : le souverain éclairé par exemple, dont on dit que c’est un « protecteur des lettres et des arts », c’est celui qui donne aux artistes le moyen de créer à l’abri du souci. Il peut arriver que le verbe désigne un rapport un peu privilégié, voire injuste : celui qui est « protégé » est aidé en haut lieu, il est recommandé, parfois même « pistonné », comme on dit de façon tout à fait familière. Mais le participe passé du verbe protéger est devenu un nom commun qui a un sens tout à fait positif : « un protégé » ou « une protégée », c’est le jeune homme ou la jeune fille qui est épaulée par un aîné qui a de l’expérience, des relations peut-être, et c’est alors le « poulain », celui qui représente la génération montante, qu’on va guider, pousser, mettre sur les rails et, bien sûr, c’est ce dernier sens que d’autres langues ont emprunté au français.

- Savoir -faire



 Savoir-faire ! En voilà un drôle de nom, qui est fabriqué à partir de deux verbes à l’infinitif. Il faut dire qu’il date du XVIIe siècle, une époque où ce genre de tournures était plus fréquent. Rappelons-nous La Fontaine et la fable du « Savetier et du Financier » : Et le Financier se plaignait Que les soins de la Providence N’eussent pas au marché fait vendre le dormir, Comme le manger et le boire. C’est donc un mot bien français. Mais voyons d’abord ce qu’il évoque. Il s’agit d’une habileté particulière, un mélange de théorie et de pratique, une combinaison de connaissance et d’expérience… en un mot, un alliage entre le savoir et le faire : le mot dit bien ce qu’il veut dire. Il s’emploie beaucoup à propos d’artisanat et même d’industrie. On peut vanter le savoir-faire d’un tailleur, d’un fabriquant d’instruments de musique ou même d’un institut bancaire. Et les secrets de fabrication se transmettent et s’améliorent : toute une culture qui tient de l’adresse et de la compétence. Mais cette idée de savoir-faire peut aussi être plus individuelle, et nous voilà soudainement beaucoup plus près du charme : il faut savoir s’y prendre, il faut la manière, beaucoup de pratique, un peu d’intuition. Pour arriver à quoi ? À convaincre un client qui ne se décide pas, à rallier un opposant irréductible, ou à adoucir la vertu farouche de la personne aimée. Le savoir-faire, alors, comme arme du séducteur ? Est-ce là ce qui rend cette qualité bien française ? C’est un cliché, c’est une idée toute faite et qui flatte notre vanité. Mais c’est une idée qui a la vie dure ! Un dernier mot sur le retournement de la formule : on parle souvent aujourd’hui de faire-savoir. Comme si le savoir-faire ne servait à rien sans une bonne publicité pour le vendre !

-Unique




Comme beaucoup d’autres, le mot unique a en français deux séries de sens : l’une liée à son sens littéral, à son sens propre, et l’autre liée à son sens figuré. Il n’y a qu’à écouter et regarder cet adjectif pour comprendre son histoire : il dérive du mot un, non pas l’article un, mais le nom de nombre, et ce qui est unique s’affirme donc comme étant au singulier : cela n’existe qu’à un seul exemplaire. « L’enfant unique » n’a ni frère ni sœur et s’il n’existe plus qu’un seul livre de la première édition d’une œuvre, cet « exemplaire unique » peut avoir beaucoup de valeur. L’unicité donc – le mot est rare mais il existe –, c’est souvent une qualité, une valeur ajoutée. Et parfois, c’est le contraire : le caractère unique indique que le pluriel est interdit : une seule voie est possible. Et ainsi on peut parler des « régimes à parti unique » : un seul parti politique, celui qui gouverne et qui est autorisé. De même, lorsque l’on parle de la « pensée unique », c’est très péjoratif : on signifie qu’il n’y a qu’une seule façon de voir les choses et qu’on est soumis à une vérité imposée. Mais l’adjectif a aussi souvent un sens bien plus subjectif, toujours positif : ce qui est unique, ça ne ressemble à rien d’autre, en étant supérieur à tout le reste : c’est inimitable, c’est exceptionnel. Et pour accentuer cette signification, on en rajoute un petit peu : « unique en son genre » ; un spectacle, un paysage « unique au monde ». Et l’adjectif est tout à fait élogieux lorsqu’il s’adresse à un être humain, même pour préciser une situation particulière : Clint Eastwood dans les rôles de vieux cow-boy solitaire et buriné, il est « unique » ! Et bien sûr, c’est ce dernier sens que les langues étrangères ont emprunté au français.

-Vis-à-vis



Vis-à-vis est un mot qu’on voit apparaître au tout début du XIIIe siècle et qui est construit sur cet ancien mot vis, dont il ne nous reste en français moderne que le dérivé, qui est visage. Vis-à-vis peut être une préposition ou peut être un nom commun également. Il est composé comme un membre de phrase qui se serait figé en vol, avec trois mots qui se combinent pour n’en faire qu’un seul. On peut le décomposer – vis-à-vis, c’est-à-dire visage contre visage, un visage regardant l’autre – et cela nous donne une bonne idée de son sens : car il s’agit d’être en relation ou en comparaison avec quelqu’un : venir sans un cadeau, c’est indélicat « vis-à-vis de ces gens » qui m’accueillent chez eux ! On dirait aussi bien « à l’égard de ces gens ». Le terme s’emploie surtout avec des êtres vivants. Parfois il introduit des idées abstraites ou des choses : « vis-à-vis de son emploi du temps », ça risque de poser des problèmes. Attention, cet emploi est contesté en français. Vis-à-vis était également un nom commun : dans ce cas, il renvoie à une situation tout à fait concrète. Par exemple, à table, mon vis-à-vis, c’est celui qui est assis en face de moi. Et parfois, c’est même un objet, c’est l’immeuble qu’on aperçoit en regardant par la fenêtre ; si l’on a la chance d’habiter un appartement « sans vis-à-vis », c’est que la vue n’est pas bouchée, qu’on peut voir très loin devant soi. Enfin le vis-à-vis, c’est également celui qui occupe une fonction symétrique à la vôtre. Là, c’est un sens que l’on retrouve quand le mot est emprunté par certaines langues étrangères. Si le ministre de l’Agriculture a rencontré son « vis-à-vis » italien, c’est qu’il a rencontré son « homologue ».

-Voilà



Voilà, un drôle de mot dont l’origine est encore visible : parce qu’au départ, on n’a pas un mot, mais deux : vois et là – un verbe à l’impératif et un adverbe de lieu. Et cette formation est encore à l’œuvre lorsque le mot sert à présenter. On peut se présenter soi-même : « Me voilà ! », ou commenter l’apparition de quelqu’un : « Ah ben, te voilà, toi ! » Voilà a un symétrique, voici, un peu moins fréquent, qui sert plutôt à annoncer ce qui va venir : « Voici ce qu’on va faire », alors que voilà s’utilise pour résumer ce qui s’est déjà produit : « Voilà ce qui s’est passé. » Mais aujourd’hui, cette distinction est souvent oubliée : on peut très bien dire : « Voilà ce qu’on va faire. » Le terme s’emploie pour introduire un nom :« Ah, voilà mes clés ! »Ou même tout un membre de phrase : « Les voilà qui s’en vont bras dessus bras dessous. » Et puis voilà est également une interjection, avec un usage très expressif, comme une ponctuation, pour dire par exemple qu’on est d’accord : « Si je comprends bien, tu vas changer de métier… ? – Voilà ! » Plus souvent encore, c’est l’équivalent d’un point final, qui souligne qu’une histoire est finie : « Je saute dans ma voiture, je reprends la route et j’arrive à l’heure. Voilà ! » On s’en sert aussi quand une action est accomplie et qu’on exprime alors sa satisfaction ou son soulagement : on vient de finir un travail difficile et pour bien montrer qu’il est achevé, on prononce ces simples mots : « Et voilà ! » Et c’est précisément ce dernier usage que beaucoup de langues étrangères ont.

Source

http://www.cndp.fr/

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